Une filière qui grandit, mais encore fragile
Depuis quelques années, le mot « IPA » s’invite de plus en plus dans les discussions entre soignants. Cet acronyme, qui désigne les Infirmiers en Pratique Avancée, symbolise une nouvelle étape dans l’évolution de notre profession. Créée en 2018, la formation IPA n’a cessé de se développer. Elle attire chaque année davantage de candidats et occupe une place grandissante dans les organisations de soins. Pourtant, derrière cet élan, la réalité reste contrastée. En 2025, on observe à la fois de belles avancées et des freins persistants qui compliquent la reconnaissance pleine et entière de ce rôle.
Des mentions qui s’élargissent
L’année 2025 est marquée par une ouverture significative : de nouvelles mentions de formation voient le jour. Jusqu’ici, les IPA intervenaient principalement dans quatre grands champs : les pathologies chroniques stabilisées-prévention et polypathologies courantes en soins primaires, la psychiatrie et la santé mentale, l’oncologie et l’hémato-oncologie, et les maladies rénales chroniques, dialyse, transplantation rénale. Désormais, la mention « urgences » est officiellement reconnue.
Sur le papier, cette évolution est une excellente nouvelle. Elle reflète la volonté du ministère de répondre à la pression grandissante qui pèse sur le système de santé, notamment dans un contexte où la démographie médicale reste tendue. Plus de souplesse, plus de polyvalence, plus de réactivité : voilà l’ambition affichée.
Mais sur le terrain, une question se pose immédiatement : comment garantir la qualité des formations si les terrains de stage adaptés manquent encore ? Beaucoup d’étudiants racontent leur difficulté à trouver un encadrement de qualité, et certains lieux restent saturés. L’ouverture des mentions est donc une victoire… mais elle risque de se heurter au mur du réel si les moyens ne suivent pas.
Des effectifs en hausse, mais pas à la hauteur des attentes
Au 1er mars 2025, la France compte officiellement 2 367 IPA diplômés selon L’ordre infirmier au 1er Mars 2025. Si l’on compare avec les premières promotions, le progrès est indéniable. Chaque année, de nouveaux infirmiers franchissent le pas, convaincus de l’utilité de ce rôle élargi.
Pourtant, ce chiffre reste très en deçà des ambitions fixées par l’État. Le gouvernement espérait un développement beaucoup plus rapide, afin de compenser le manque criant de médecins dans certaines régions et d’alléger la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques. Or, la réalité est que la demande est là — les établissements et les patients en ont besoin — mais l’offre de professionnels formés est encore trop faible.
En clair, le nombre d’IPA progresse, mais pas assez vite pour absorber la charge des parcours complexes de soins et répondre à la crise actuelle d’accès aux soins.
Les obstacles qui freinent encore
Pourquoi cette dynamique peine-t-elle à décoller pleinement ? Quatre obstacles majeurs se répètent dans les témoignages des étudiants comme des diplômés :
- Le financement. Le coût de la formation reste un vrai frein. Pour les infirmiers qui doivent financer eux-mêmes leur parcours, c’est un investissement lourd, souvent difficile à assumer sans le soutien d’un établissement ou d’un dispositif clair d’aide financière.
- Les terrains de stage. Accéder à des expériences diversifiées et de qualité relève parfois du parcours du combattant. Certains étudiants manquent d’encadrants disponibles pour les guider, ce qui fragilise la formation pratique.
- La place dans les équipes. Les relations avec les médecins varient énormément d’un secteur à l’autre. Dans certains services, la coopération est excellente, mais ailleurs, les tensions persistent. Les frontières de compétences restent floues, et certains professionnels ont encore du mal à accepter l’autonomie grandissante des IPA.
- Une rémunération insuffisante. La rémunération moyenne des IPA est bien en dessous de celle de leurs collègues européens ou d’Outre-Atlantique. Au regard de leurs compétences et de leurs responsabilité, la grande majorité des IPA réclame un salaire se situant dans une zone médiane, entre celui des IDE et des médecins.
Ces freins ne sont pas anecdotiques. Ils ralentissent l’essor de la filière et expliquent pourquoi le nombre d’IPA reste insuffisant pour couvrir les besoins du système de santé.
Des innovations pédagogiques encourageantes
Malgré ces difficultés, la formation IPA ne cesse d’évoluer et d’innover. Plusieurs pratiques pédagogiques se développent et redonnent confiance aux étudiants :
- La simulation en santé. Elle permet de s’entraîner à des décisions complexes dans un environnement sécurisé, sans risque pour les patients.
- La recherche clinique. De plus en plus intégrée aux cursus, elle donne une légitimité scientifique au rôle des IPA et valorise leur place dans la production de savoirs.
- Le tutorat renforcé. Dans de nombreuses universités, l’accompagnement individualisé s’intensifie, offrant un suivi plus humain et plus adapté à chaque étudiant.
Ces innovations vont dans le bon sens. Elles traduisent une volonté claire : professionnaliser encore davantage la formation et rapprocher les standards français de ceux déjà en place à l’international, notamment chez les Advanced Practice Nurses en Amérique du Nord et en Europe.
Quelles pistes pour consolider la filière ?
Pour que la formation IPA prenne véritablement son envol, plusieurs leviers sont régulièrement évoqués :
- Des quotas plus lisibles. Mieux réguler le nombre de places permettrait d’adapter la formation aux besoins réels des territoires et d’éviter des déséquilibres.
- Des aides financières élargies. En soutenant davantage les IPA en reprise d’études, notamment via des bourses ou des dispositifs dédiés, on rendrait la filière plus attractive.
- Une valorisation professionnelle renforcée. Les grilles salariales, la reconnaissance statutaire et les perspectives de carrière doivent évoluer. Sans cela, la fidélisation restera difficile et beaucoup hésiteront à s’engager dans cette voie.
Ces propositions ne sont pas seulement des idées sur le papier : elles représentent des conditions indispensables pour que les IPA puissent jouer pleinement leur rôle.
En conclusion : une dynamique prometteuse, mais encore à consolider
La formation IPA illustre parfaitement l’évolution de notre profession infirmière : plus de responsabilités cliniques, plus de reconnaissance organisationnelle, plus d’autonomie. L’élan est là, incontestable. Mais il reste fragile.
En 2025, les IPA représentent une réponse concrète à de nombreux défis : améliorer l’accès aux soins, accompagner les patients chroniques, renforcer la prévention, soulager des services hospitaliers débordés. Pourtant, pour que cet essor bénéficie réellement à la fois aux soignants et aux patients, il est urgent d’ancrer cette filière dans des conditions de formation solides et des perspectives professionnelles attractives.
C’est une étape charnière : la filière IPA a prouvé sa pertinence, mais elle doit maintenant gagner en stabilité. Et c’est à nous, infirmières et infirmiers, en lien avec nos partenaires médicaux et nos institutions, de continuer à porter cette évolution pour qu’elle devienne une évidence dans le paysage de la santé française.
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Les sources de l’article :
Voici les principales sources utilisées pour la rédaction de l’article :
- Présentation et mentions ouvertes de la formation IPA 2025, notamment pathologies chroniques, psychiatrie, urgences et oncologie : sites de plusieurs universités proposant les différentes mentions (Université de Lorraine, Université de Nantes, Université de Poitiers). https://medecine.univ-nantes.fr/formation-initiale/diplome-d-etat-d-infirmier-en-pratique-avancee-ipa
- Effectifs IPA (environ 3000 IPA diplômés en 2025), progression des entrées en formation, objectifs gouvernementaux et statistiques : Egora, , Caducée, Université de Montpellier. https://www.ordre-infirmiers.fr/l-ordre-national-des-infirmiers-publie-une-nouvelle-etude-sur-la-demographie-de-la-profession-et#:~:text=Les%20infirmiers%20sont%20la%20profession,compte%20%C3%A9galement%202%20367%20IPA.
- Difficultés courantes : barrières de financement, manque d’accès aux terrains de scène, articulation complexe avec les médecins, rapport de la Cour des comptes, articles spécialisés (Egora, Actusoins, FNI, Rencontres Soignantes en Psychiatrie, Albus). https://rencontressoignantesenpsychiatrie.fr/2023/06/30/focus-sur-un-frein-a-limplantation-de-lipa-en-france-le-stage/
- Innovations pédagogiques : place croissante de la simulation, du tutorat, intégration de la recherche clinique, démarches des instituts et universités de pédagogie avancée (ESSCA, Université Paris, Université de Strasbourg). https://www.essca.eu/faculte-et-recherche/faculte/innovations-pedagogiques/
- Propositions d’évolution de la filière, quotas de formation, attractivité, aides financières, revalorisation statutaire : IGAS, Egora, Hippocrate Développement, ESSCA, site Charlotte K. https://hippocrate-developpement.fr/blog/infirmier-pratique-avancee-role/
L’ensemble de ces sources a permis de structurer et d’actualiser les informations, afin d’apporter une vue d’ensemble fidèle à la dynamique de la filière IPA en France en 2025.