Trouble bipolaire et phase maniaque : comment l’IPA peut accompagner , contenir et reconstruire

Publicités

Accompagner un patient en phase maniaque : comprendre au-delà des symptômes, entendre derrière le délire

Face à une phase maniaque aiguë, l’IPA joue un rôle clé : repérage, présence, soins sous contrainte, alliance thérapeutique. Témoignage et analyse.Trouble bipolaire et phase maniaque : comment l’IPA peut accompagner , contenir et reconstruire. À travers le témoignage touchant de Laurent, 34 ans, vivant avec un trouble bipolaire, cet article propose de réfléchir ensemble au rôle de l’Infirmier en Pratique Avancée (IPA) en psychiatrie, notamment quand il s’agit d’une hospitalisation sous contrainte pour une phase maniaque aiguë.

Quand la manie s’installe… mais reste invisible

« Je dormais à peine, mais je me sentais hyper bien. Même… survolté. »

Pour Laurent, le début d’un épisode maniaque a ressemblé à une explosion d’énergie et d’idées. Une sensation d’être invincible, d’avoir des projets géniaux. Il se voyait presque comme un génie capable de sauver le monde avec des drones écologiques ! Dans sa tête, tout semblait clair, logique, puissant.

Pour nous, IPA, cette situation révèle une réalité difficile : le patient ne voit pas toujours les signes de sa maladie. Au contraire, il se sent bien, plein de vitalité. Et c’est précisément là que le danger guette. Ce bien-être apparent, ce sentiment d’être au sommet, ce sont souvent les indices les plus trompeurs d’une entrée en phase maniaque.

Alors, on doit rester attentif. Repérer ces petits changements qui clochent : les nuits qui raccourcissent sans fatigue, les dépenses qui s’emballent, les prises de risques imprudentes, les idées de grandeur qui s’enchaînent.

Notre rôle d’IPA : capter ces signaux faibles, rester en contact avec la famille ou les proches, replacer ces signes dans l’histoire du patient pour mieux comprendre.

L’hospitalisation sous contrainte : une épreuve violente

« Je ne comprenais rien. J’étais en colère. Je n’avais pas ma place parmi les autres malades. »

Laurent a été hospitalisé en SPDT, sur demande de sa sœur, alors qu’il ne reconnaissait absolument pas sa maladie. Pour lui, c’était une vraie injustice, une prison imposée. Il s’est braqué, a refusé les soins, s’est montré agressif. Il voulait même rallier les autres patients pour “prendre les clés” de l’unité.

Ce moment est extrêmement délicat pour nous, soignants, et particulièrement pour les IPA. On fait face à une opposition frontale : refus de soins, colère, méfiance, parfois délire persécutif. Mais c’est justement là que le lien thérapeutique doit commencer à se tisser, patiemment.

On doit être là, présents, sans jugement. Contenir la crise sans brutalité. Écouter sans valider les idées délirantes, sécuriser sans écraser.

La posture IPA ? Être une autorité bienveillante, un repère stable dans ce chaos, et garder une cohérence d’équipe face à la violence ou au délire.

Isolement, contention, crise : le fragile équilibre de l’alliance

« On a dû m’isoler… Je criais, j’insultais… Je ne dormais pas. »

Quand l’agitation devient trop intense, on n’a parfois pas le choix : isolement, contention… Dans le cas de Laurent, l’isolement était indispensable. Mais pour lui, ce moment a renforcé son incompréhension, son sentiment d’injustice. La relation avec les soignants en a pris un coup, et reconstruire la confiance est devenu un vrai défi.

En tant qu’IPA, c’est essentiel de penser à ce qui se passe après ces mesures. Comment accompagner le patient à comprendre ce qui s’est joué ? Comment permettre à la parole de s’exprimer sur cette violence vécue, sur ce que le patient a ressenti comme une trahison ?

Notre posture : ouvrir un espace d’élaboration après la crise, donner du sens à l’expérience, réparer la relation sans minimiser les émotions du patient.

La stabilisation : le retour à la lucidité

« C’est à ce moment-là que j’ai compris ce que j’avais fait. […] J’ai ressenti beaucoup de honte. »

Quand la phase maniaque s’apaise, la réalité revient brutalement. Laurent découvre les messages qu’il a envoyés, les folies financières, les tensions avec sa famille. La honte, parfois la dépression réactive, s’installent.

C’est un moment crucial où le soin devient vraiment profond. L’IPA intervient en relais du psychiatre, mais aussi comme médiateur entre le patient et son entourage. Psychoéducation, accompagnement dans la prise du traitement, suivi du somatique, écoute attentive… autant de facettes où l’IPA prend toute sa place.

La posture IPA : accompagner sans culpabiliser, valoriser les forces du patient, aider à reprendre la main sur sa santé.

Vivre avec un trouble bipolaire : vigilance et liberté

« Cette maladie ne se guérit pas avec la seule volonté. Il faut la gérer. Avec du soutien. Et surtout, de la vigilance. »

Aujourd’hui, Laurent est stabilisé. Il suit son traitement, il est suivi régulièrement. Mais il sait que sa santé mentale, c’est un engagement au quotidien. Ce n’est pas une question de “guérir” mais de vivre avec, en apprenant à reconnaître les signaux d’alerte, et surtout à demander de l’aide à temps.

Pour nous, IPA, le suivi à long terme est une mission essentielle. Surveiller cliniquement, évaluer régulièrement, éduquer thérapeutiquement, coordonner avec les acteurs sociaux ou professionnels : l’IPA en psychiatrie est un pilier du parcours de soin.

Notre posture : encourager l’autonomie sans jamais laisser le patient seul ; penser prévention autant que réaction ; s’inscrire dans la durée.

Derrière le délire, entendre la personne

Le témoignage de Laurent nous rappelle que la manie, ce n’est pas juste de l’agitation ou de l’euphorie. C’est une vraie déstabilisation profonde : une façon bouleversée de se percevoir, de voir le monde, d’être avec les autres. Ce n’est pas qu’un surplus d’énergie, mais une perte d’ancrage dans la réalité, vécue comme une évidence totale.

Pour nous, IPA, c’est un appel à affiner notre regard : ne pas s’arrêter aux symptômes visibles, mais chercher la personne derrière le délire. Comprendre la logique interne, même quand elle semble absurde. Soutenir sans infantiliser. Eduquer sans imposer. Et surtout, écouter. Écouter ce qui semble fou.

Parce qu’au fond, ce que le patient délirant essaie souvent de dire, c’est simplement : « Aidez-moi, mais sans m’écraser. »

À garder en tête : le rôle clé de l’IPA face à la crise maniaque

  • Détecter tôt les signes atypiques (idées de grandeur, dépenses excessives, insomnie non perçue)
  • Maintenir un lien même en hospitalisation sous contrainte et lors d’opposition
  • Porter une réflexion éthique sur la contrainte et l’accompagnement
  • Être acteur de la stabilisation et de la reconstruction après crise
  • Proposer un suivi global, alliant soins, prévention et alliance thérapeutique durable

VOICI LE TÉMOIGNAGE DE LAURENT 34 ANS ATTEINT DE TROUBLE BIPOLAIRE

Bonjour. Je m’appelle Laurent, j’ai 34 ans, et je suis atteint d’un trouble bipolaire.

Ce que je vais vous raconter… c’est ce que j’ai vécu lors d’une phase maniaque. Une hospitalisation sous contrainte. Et ce que j’en ai compris… avec du recul.

(pause)

Au début, je ne voyais pas que quelque chose clochait. Je dormais à peine, mais j’étais en pleine forme. Même… survolté.

J’ai commencé à avoir des idées. Des idées géniales, selon moi. Je voulais créer des drones écologiques, sauver la planète. J’en parlais à tout le monde. Je me sentais invincible. Je me croyais plus intelligent et plus génial qu’Elon Musk !

(respiration)

J’ai commencé à dépenser de l’argent. Beaucoup. Des milliers d’euros, comme ça. Un drone. Une caméra thermique. Un billet d’avion. Enfin… j’ai même essayé de prendre l’avion sans billet.

Je me sentais plus fort que tout. Je pensais que j’allais changer le monde.

(pause)

Ma sœur, elle, a vu que je n’allais pas bien. Moi je la trouvais juste… “négative”, “jalouse”. Elle a fini par demander mon hospitalisation. À l’hôpital psychiatrique. En SPDT.

Je n’avais pas le choix. J’étais furieux. Je ne comprenais pas.

(voix plus émue)

Les premiers jours, j’ai crié. J’ai supplié. Je voulais partir. Je ne me sentais pas à ma place au milieu des autres malades. J’étais en service fermé, je me sentais emprisonné. Je refusais tous les traitements, je ne me sentais pas malade. J’en voulais à ma sœur, aux soignants et je le leur faisais savoir. Je criais, j’insultais, je ne dormais pas et je n’étais pas fatigué. Il a fallu m’isoler car je voulais que les autres patients et moi fassions un putsch et que nous nous emparions des clés et ouvrir toutes les portes du service. J’étais agressif avec les patients qui refusaient de me suivre dans ce projet…
Je ne mangeais plus, j’avais perdu plus de 5 kilos en quelques semaines.

Et puis… petit à petit… les choses ont changé.

Les médicaments ont commencé à agir. J’ai dormi. Je me suis calmé. J’ai repris pied.

(pause lente)

C’est là que j’ai réalisé ce que j’avais fait.

Les messages délirants que j’avais envoyés par mail à mes collègues de travail. L’argent dépensé. Les gens que j’avais blessés.

(souffle bref)

J’ai eu honte. Vraiment.

Aujourd’hui, je suis toujours suivi. Je prends mon traitement. C’est pas simple tous les jours.
Mais j’ai compris que cette maladie ne se soigne pas par la volonté seule.

Elle se gère. Avec de l’aide. Et surtout, avec de la vigilance.

(voix calme, lucide)

Ce que je veux dire, c’est que la manie, c’est pas juste “être joyeux” ou “avoir la pêche”. C’est être hors de la réalité, tout en pensant qu’on voit plus clair que jamais.

C’est ça, le piège.

(pause finale)

Laurent Mais aujourd’hui, je vais mieux. Et je veux avancer. Avec cette maladie. Mais sans la laisser décider pour moi.

Publicités

Publications similaires.

Publier un commentaire.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.